Esquisse,

Il est brun, les yeux noirs, une barbe non taillée…

Un dessin, sans buvard, crayonné à main levée…

Je connais le délice de sa peau et son parfum…

Une esquisse, un tableau, comme un trait au fusain…

Je ne vais pas vous dévoiler son physique, j’ai un grand respect pour cet homme pudique…

Quelques nuancés à l’acrylique pourraient vous donner une idée de ce clair-obscur chromatique…

Nous avons cette complicité des liens inexpliqués…

Telle que l’intensité du rouge carmin ou du bleu acier…

A ces heures suspendues qui n’appartiennent qu’à toi et moi…

Comme les couleurs confondues d’une oeuvre de Delacroix…

Je n’ai pas le talent de ces Maîtres de la peinture…

Mais mon attachement à ton être est des plus purs…

L’addition s’il vous plaît!

By Philippe Prot 3

C’était un tout petit bar biscornu, tout de bois revêtu…

Sur les murs quelques inscriptions gravées, des cartes postales jaunies…

Au piano un vieil homme jouait d’anciennes mélodies…

C’était un endroit chaleureux et étrange, où l’on dînait en amoureux, mais les temps changent…

Nous devions solder notre ardoise, onze ans de mets raffinés…

A la comtoise j’observais le rythme du balancier…

Indigestion de nos gourmandises préférées ou simple fatalité?

L’heure de la séparation avait sonné: « L’addition, s’il vous plaît! »

Je l’avais redouté, ce moment où les mains pleines de billets, il faudrait payer et s’en aller…

Tu étais reparti t’assoir à cette table, tout au fond du bar, celle qui n’a que trois pieds…

Assurément instable, mais pas de hasard, de ta vie elle est le reflet…

Moi par la petite porte, je m’étais éclipsée…

Cet endroit n’a jamais existé, il est le cliché désuet de notre passé…

Un bout de mon intimité, qui avec le recul est resté gravé…

Vous savez quelles sont les particularités des additions? Elles vous enseignent malgré vous l’acceptation…

La vague,

Summer in novemberLe vide arrive toujours comme une immense vague…Rester lucide alors que déjà les pourtours dansent et que je divague.

Submergée par le néant, martelée par le questionnement…Donner du sens à ma vie, abandonner le silence qui m’envahit.

La descente n’est pas progressive, elle est fulgurante, une douleur vive qui devient lancinante, l’irrationnel dans toute sa splendeur, un duel sans vainqueur.

Il paraît qu’une fois rentrée chez moi, j’ai le choix d’avoir la paix, mais si le téléphone ne sonne pas, c’est jusqu’à ma propre voix que je peux oublier.

Lutter contre cette lassitude est une douce hérésie, perpétuée par l’habitude…Inutile d’avoir la frousse, attendre l’accalmie.

Quelques jours après, tout s’apaise, plus rien autour ne me rappelle le malaise…Retrouver la volonté, puiser l’énergie, oublier qu’elle a eu un prix.

Recommencer, avancer, persévérer, l’avenir redevient confortable, vos sourires ô combien immuables, vous les alliés, les familiers.

Ne jamais sous estimer ces petits riens qui donnent du courage, ballotés par une mer déchainée c’est eux qui vous ramèneront au rivage.

 

Je n’étais pas Charlie, je le suis devenue…

Bougie

Je l’avais à peine feuilleté ce canard si richement illustré, j’avais oublié à quel point ces lascars étaient définitivement engagés…

Ils avaient l’art de la caricature et de l’humour satirique, un talent rare dans cette conjoncture tiraillée entre bravoure et polémiques…

Je n’avais pas connaissance de leurs difficultés à éditer, pas mesuré l’excellence des ces acharnés de la laïcité…

Avec quelques pièces de monnaie, à peine plus de deux euros j’aurais pu moi aussi essayer de le sauver ce Charlie Hebdo…

Mais la vie est ainsi faite et je n’ai pas prêté attention à ces nombreuses têtes qui prônaient la liberté d’expression…

Ils sont morts au combat, avec pour seule arme leurs crayons, eux menacés par des fatwas et exécutés par des cons!

Ma peine est infinie pour ces nombreux innocents, pas de haine nourrie mais un constat accablant…

Je pense à toutes ces familles endeuillées, à ceux qui ont trouvé la force de témoigner avec cette grande dignité…

La lutte que nous menons doit restée ancrée dans nos mémoires, pas celle d’un culte mais d’une union déterminée à garder espoir…

Merci pour cette sublime leçon de courage, moi qui ne me pensais pas légitime de vous rendre hommage…

Je marcherai et j’allumerai plusieurs bougies, mais il est vrai qu’à jamais mon coeur restera meurtri…

J’ai failli t’aimer,

Fromentin sous la neige 1Je n’avais pas de place dans le chaos de ta vie, j’étais celle planquée derrière tes pseudo-alibis…

Ma légitimité? Aucune définition à donner, j’hésitais entre en rire pour de bon ou en pleurer…

Alors, je passais après… C’était un doux refrain que j’avais longtemps chantonné…

Après tes impératifs, tes réunions de travail, rien de constructif, il fallait que tu t’en ailles…

Après tes fêtes et tes anniversaires, tu n’avais pas de tête, le mien était hier…

Après tes vacances, après le temps, qui pour moi n’avait plus d’importance effectivement…

Après tes amis qui ne connaissaient même pas mon existence, compartimenter ta vie était ta seule exigence…

J’ai arrêté de noter tes retards, excuses à peine prononcées, il paraît que je le savais dès le départ…

J’ai arrêté de regarder ton corps nu sous la douche, comme si parfumé à cette heure de la journée ça n’avait rien de louche…

J’ai arrêté de t’imaginer rentrant chez toi, exténué par une dure journée, alors qu’une heure avant tu étais dans mes bras…

J’ai arrêté de me demander si tu pensais à moi car si tu voulais me le prouver, tu aurais moins pensé à toi…

J’ai arrêté de me culpabiliser de cette histoire, j’ai tant donné et je pouvais me regarder dans le miroir…

Tu as été le conjoint infidèle et l’amant vigoureux, pour toi pas de lien, pas de duel ni évidemment de nous deux…

Mens-moi

Paris 4Entre nous ce n’est pas un jeu et pourtant il n’y a rien de sérieux.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Placée dans ton jardin secret, je reste plantée là, avec le droit de fantasmer.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Métro Edgar Quinet, aucune inquiétude à avoir, dans la chambre je suis déjà préparée.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Je comble peut-être tes besoins d’abandon, dans de nombreuses positions.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Je soigne ton ego, mais mes attentes doivent frôler le zéro.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Tes mots sont toujours mesurés, dénués presque de toute émotivité.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Nous savons tous les deux qu’il n’y aucune chance, alors je t’en supplie entends cette confidence et fais le au moins une fois pour moi, mens moi…

La valse des non-dits,

180px-Pierre-Auguste_Renoir_146Onze ans que nous tissons ce lien, nous l’avons parfois maltraité, rangé, oublié, piétiné, nié et enterré…

Puis déterré, consolidé, rebrodé, cajolé, caressé, désiré, aimé à force de compréhension…

Cependant, jamais nous n’avons pu nous résigner à le couper, étrangeté d’une union non étiquetée…

Nous étions deux grands masochistes et de nos sentiments nous choisissions d’être autistes…

Toi le torturé, le Roi de la barricade, moi l’angoissée, la Reine de la dérobade…

Des non-dits nous faisions notre protection, comme les amants maudits se nourrissant d’illusions…

Ce combat intérieur nous l’avons mené ensemble, en première ligne ou en repli, selon notre détermination…

Avec pour seul barda cette peur qui nous rassemble, une prière, un signe, un répit, tout sauf l’abdication…

Puis la lutte s’est arrêtée, au moment même où nous étions le plus acharnés…

Les armes nous avons enfin déposées, cheminement des émotions que l’on ne peut plus garder…

On vient de signer la trêve, l’apaisement pour ne pas devenir fou, ce n’est plus un rêve, on a enfin fait sauter le verrou…

Alors oui, nous n’avons pas de photos de nous, pas notre chanson, pas d’échange de mots doux, ni même un surnom…

Mais nous avons eu le courage de nous avouer nos sentiments, ni mirage, ni faux-semblants…

A toi Mathias, qui m’a offert une force insoupçonnée quand tu t’es déclaré…

Inutile que je cadenasse ce que je ressens pour toi depuis des années…

Un petit bout de moi,

By Philippe Prot 4Je ne l’ai vécu qu’au travers de mes amies, cet espoir déchu d’être une mère accomplie…

Tant de fois j’ai rêvé de voir mon ventre s’arrondir, mais avec le temps, illusoire me semble cet avenir…

Je l’aurais caressé avec douceur, métamorphosée par ce nouveau bonheur…

Le jeu des ressemblances aurait été une évidence, il aurait un peu de nous deux, je pense…

J’aurais pris soin de nous trois, ouatés dans le coton et la soie…

J’ai pensé à son prénom et à la couleur de ses vêtements, cette absence de cordon, c’est une douleur, un déchirement…

Je me suis posée des cascades de questions qui, il faut bien se l’avouer, sont restées au stade d’embryon…

Ca fait quoi de ressentir cette vie naissante? Cet état cela va sans dire, reste indéfini, en attente…

Mais je ne ferai pas un enfant égoïstement, il lui faut des parents…

Malgré mes incessants tourments, un petit écho… « Maman! »

Il n’y a aucune indécence à confier sa souffrance…

Je ne sais pas trop quel sera mon destin, mais accoucher de ces mots m’aura soulagée enfin…

Le combat,

By Philippe Prot 6Le célibat est une épreuve que je ne te souhaite pas…

Lorsqu’il est enduré depuis plusieurs années, du silence tu devras te faire un allié…

Au réveil une fois levé, ne te demande pas si de quelqu’un tu occupes les pensées…

Sinon, tu repartiras avec Morphée, n’est-ce pas d’ailleurs le seul à te bercer désormais?

Il te restera des souvenirs lointains, d’un corps qui venait se blottir près du tien…

Tu ne connais plus la tendresse, mais tu sais ce qu’est la détresse…

Tu t’efforceras de garder le sourire et le sens de l’humour en journée…

Mais crois-moi, les soupirs et le coeur lourd, la nuit tombée, je connais…

Qui a pris ta main pour la dernière fois?

Souris… demain est à toi…

Cette épreuve n’est pas insurmontable, une leçon de vie qui te donnera une force incroyable…

De la solitude tu apprendras beaucoup et tes limites tu dépasseras…

N’aie pas d’inquiétude, je te le confie sans tabou, c’est un insolite combat…

A ceux qui ne voient que l’illusoire liberté du célibat, avant de crier victoire, armez-vous comme il se doit…

Ultime!

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 Je pourrais vous dire que c’était beau lorsqu’il m’a murmuré ces trois mots, que mon cœur allait exploser, que j’avais le souffle coupé et qu’en larmes j’étais… mais ça ne serait qu’une infime partie de la réalité!

Ca a été Hiroshima dans ma tête!

Je suis subitement devenue, Jolie, Belle, Sublime, Atomique!

Inattaquable, Increvable!

C’est mon 14 Juillet, mon plus beau cadeau sous le sapin déposé!

Ce sont mes prières exaucées, mes valises de doutes que je peux enfin poser!

La fin de mon chemin de croix, j’ai envie de le crier sur les toits!

Il m’aime moi, telle que je suis, prenez mon pouls pour vérifier si je suis en vie!

Faites tomber les masques à oxygène, tatouez-moi mon prénom que je m’en souvienne!

A tous ceux qui ont oublié la puissance de ces trois mots, comprenez qu’après onze ans de silence, cela soit Nagasaki dans mon cerveau…