L’addition s’il vous plaît!

By Philippe Prot 3

C’était un tout petit bar biscornu, tout de bois revêtu…

Sur les murs quelques inscriptions gravées, des cartes postales jaunies…

Au piano un vieil homme jouait d’anciennes mélodies…

C’était un endroit chaleureux et étrange, où l’on dînait en amoureux, mais les temps changent…

Nous devions solder notre ardoise, onze ans de mets raffinés…

A la comtoise j’observais le rythme du balancier…

Indigestion de nos gourmandises préférées ou simple fatalité?

L’heure de la séparation avait sonné: « L’addition, s’il vous plaît! »

Je l’avais redouté, ce moment où les mains pleines de billets, il faudrait payer et s’en aller…

Tu étais reparti t’assoir à cette table, tout au fond du bar, celle qui n’a que trois pieds…

Assurément instable, mais pas de hasard, de ta vie elle est le reflet…

Moi par la petite porte, je m’étais éclipsée…

Cet endroit n’a jamais existé, il est le cliché désuet de notre passé…

Un bout de mon intimité, qui avec le recul est resté gravé…

Vous savez quelles sont les particularités des additions? Elles vous enseignent malgré vous l’acceptation…

J’ai failli t’aimer,

Fromentin sous la neige 1Je n’avais pas de place dans le chaos de ta vie, j’étais celle planquée derrière tes pseudo-alibis…

Ma légitimité? Aucune définition à donner, j’hésitais entre en rire pour de bon ou en pleurer…

Alors, je passais après… C’était un doux refrain que j’avais longtemps chantonné…

Après tes impératifs, tes réunions de travail, rien de constructif, il fallait que tu t’en ailles…

Après tes fêtes et tes anniversaires, tu n’avais pas de tête, le mien était hier…

Après tes vacances, après le temps, qui pour moi n’avait plus d’importance effectivement…

Après tes amis qui ne connaissaient même pas mon existence, compartimenter ta vie était ta seule exigence…

J’ai arrêté de noter tes retards, excuses à peine prononcées, il paraît que je le savais dès le départ…

J’ai arrêté de regarder ton corps nu sous la douche, comme si parfumé à cette heure de la journée ça n’avait rien de louche…

J’ai arrêté de t’imaginer rentrant chez toi, exténué par une dure journée, alors qu’une heure avant tu étais dans mes bras…

J’ai arrêté de me demander si tu pensais à moi car si tu voulais me le prouver, tu aurais moins pensé à toi…

J’ai arrêté de me culpabiliser de cette histoire, j’ai tant donné et je pouvais me regarder dans le miroir…

Tu as été le conjoint infidèle et l’amant vigoureux, pour toi pas de lien, pas de duel ni évidemment de nous deux…

Mens-moi

Paris 4Entre nous ce n’est pas un jeu et pourtant il n’y a rien de sérieux.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Placée dans ton jardin secret, je reste plantée là, avec le droit de fantasmer.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Métro Edgar Quinet, aucune inquiétude à avoir, dans la chambre je suis déjà préparée.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Je comble peut-être tes besoins d’abandon, dans de nombreuses positions.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Je soigne ton ego, mais mes attentes doivent frôler le zéro.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Tes mots sont toujours mesurés, dénués presque de toute émotivité.

Fais le au moins une fois, mens moi…

Nous savons tous les deux qu’il n’y aucune chance, alors je t’en supplie entends cette confidence et fais le au moins une fois pour moi, mens moi…