Un petit bout de moi,

By Philippe Prot 4Je ne l’ai vécu qu’au travers de mes amies, cet espoir déchu d’être une mère accomplie…

Tant de fois j’ai rêvé de voir mon ventre s’arrondir, mais avec le temps, illusoire me semble cet avenir…

Je l’aurais caressé avec douceur, métamorphosée par ce nouveau bonheur…

Le jeu des ressemblances aurait été une évidence, il aurait un peu de nous deux, je pense…

J’aurais pris soin de nous trois, ouatés dans le coton et la soie…

J’ai pensé à son prénom et à la couleur de ses vêtements, cette absence de cordon, c’est une douleur, un déchirement…

Je me suis posée des cascades de questions qui, il faut bien se l’avouer, sont restées au stade d’embryon…

Ca fait quoi de ressentir cette vie naissante? Cet état cela va sans dire, reste indéfini, en attente…

Mais je ne ferai pas un enfant égoïstement, il lui faut des parents…

Malgré mes incessants tourments, un petit écho… « Maman! »

Il n’y a aucune indécence à confier sa souffrance…

Je ne sais pas trop quel sera mon destin, mais accoucher de ces mots m’aura soulagée enfin…

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Le combat,

By Philippe Prot 6Le célibat est une épreuve que je ne te souhaite pas…

Lorsqu’il est enduré depuis plusieurs années, du silence tu devras te faire un allié…

Au réveil une fois levé, ne te demande pas si de quelqu’un tu occupes les pensées…

Sinon, tu repartiras avec Morphée, n’est-ce pas d’ailleurs le seul à te bercer désormais?

Il te restera des souvenirs lointains, d’un corps qui venait se blottir près du tien…

Tu ne connais plus la tendresse, mais tu sais ce qu’est la détresse…

Tu t’efforceras de garder le sourire et le sens de l’humour en journée…

Mais crois-moi, les soupirs et le coeur lourd, la nuit tombée, je connais…

Qui a pris ta main pour la dernière fois?

Souris… demain est à toi…

Cette épreuve n’est pas insurmontable, une leçon de vie qui te donnera une force incroyable…

De la solitude tu apprendras beaucoup et tes limites tu dépasseras…

N’aie pas d’inquiétude, je te le confie sans tabou, c’est un insolite combat…

A ceux qui ne voient que l’illusoire liberté du célibat, avant de crier victoire, armez-vous comme il se doit…

L’enfant du silence,

By Philippe ProtElle a l’Italie pour mère-patrie mais ses premiers pas furent pour l’Algérie…

Orpheline de naissance, elle est l’enfant du silence…

Serait-elle le fruit d’un amour interdit? Toujours est-il que les non-dits ont régi sa vie…

Sentiment de toute puissance pour une famille qui a choisi de la laisser dans l’ignorance…

Ils ont peut-être pensé bien faire, petite fille qui a quitté son pays pendant la guerre…

Qu’y a-t-il  de plus déstabilisant que d’apprendre à 52ans que l’on n’a pas le même sang que ses parents?
C’est un jour de grande colère que sa mère a brisé le secret…

Une fois la nouvelle divulguée, la vieille dame dans le silence s’est murée…

Il faudra faire sans ses confidences, elles sont mortes avec elle qui a préféré nier l’évidence…

Si la quête de ses origines est un combat illusoire, elle garde au fond d’elle cet infime espoir…

Tant de questions se bousculent dans sa tête et au Saint Graal me fait penser sa quête…

Parler aurait été la solution c’est certain, lui expliquer son adoption n’aurait rien changé au lien…

Je suis issue de cette famille du non-dit, celle qui d’un regard espère que vous avez compris…

Tu ne sauras peut-être jamais rien de ton passé et aucun mea-culpa de leur part ne sera prononcé…

Avec le temps, je te souhaite de pardonner, si je le pouvais je t’exaucerais afin de voir ton esprit apaisé…

Tu sais les doux sentiments que j’ai pour toi, aucun tabou à te dévoiler mon émoi…

Ces quelques rimes sont pour ma Mère, une sorte d’hymne salutaire.

80 printemps,

80 Printemps Olivier 1Je viens d’avoir 80 printemps, comment peut-on parler de printemps lorsque la fleur n’est plus, qu’il ne reste que les racines du temps incrustées dans mon visage.

Longues rides sinueuses qui creusent mes joues et mes lèvres, marques d’une vie tumultueuse que j’ai troquée volontiers contre une tranquillité certaine.

Il reste ce petit brin de malice dans mes yeux qui pourtant se battent contre ce léger voile qui ternit mes pupilles.

Mon corps s’est incliné, mes épaules se sont voûtées avec le poids des années, le soleil de mon épaule tatouée se fane d’avoir trop brillé.

Entre mes mains noueuses ravagées par une arthrose douloureuse, je presse contre moi cette petit boîte, reste d’un attachement viscéral…

J’ai perdu mon double, mon frère, mon complice, mon amant, cet Homme aux multiples facettes avec qui j’ai touché les deux extrémités.

Contre mon ventre, cette urne pleine de cendres, pleine de lui, pleine de l’histoire de ma vie.

J’attends Luan, patriarche de ce petit village Vietnamien où s’est jouée une partie de mon destin. Sur le lagon flotte notre barque qui me renvoie à ces souvenirs d’antan lorsque la vie n’avait pas encore connu ce tragique tournant.

J’avais fait une promesse à mon Autre un soir de novembre, celle d’éparpiller ses cendres sur un lagon bleu azur lorsque l’heure serait venue, mais nous étions si jeunes, ni lui ni moi n’avions mesuré le poids de cette phrase à l’époque.

Je redoute cet instant où les rames nous ferons quitter la berge et dans un dernier élan de courage il me faudra semer aux quatre vents la poussière de ma vie, de cet Homme qui fut mon Nord, mon Sud mon Ouest et mon Est.

Vietnam terre hostile d’Asie, terre asile de ma vie…

Près de la maison sur la balancelle, mes deux filles et mon fils, ils ont le regard de leur père, sa force, son courage et sa détermination. À l’heure qu’il est je sais déjà que mon aîné va terminer son barda, il partira pour se retrouver seul face à sa peine et à son destin, Dieu qu’il lui ressemble…

Je respecte sa volonté puisque tous les trois je les ai élevés en sachant qu’ils devraient suivre leur destinée.

Luan vient d’arriver, il a pris place dans l’embarcation de fortune et attend paisiblement que je sois prête. Mes jambes ne me portent plus comme avant mais je mets un point d’honneur à me débrouiller seule.

Je le remercie d’un sourire, m’installe dos à lui et observe tranquillement les vaguelettes qui m’éloignent de la rive.

Le lagon est calme, la végétation luxuriante, le chant des oiseaux presque rassurant.

La barque s’immobilise, mes yeux s’embuent une fois de plus, mon vieux cœur bat la chamade, mes doigts atrophiés accomplissent cette mission que depuis longtemps je redoutais.

Entre mes lèvres, silencieusement je dis adieu à mon bien-aimé, mon seul amour.

Par dessus la coque de bois je laisse s’envoler ses cendres et je sais que maintenant il repose en paix à tout jamais.

Ce soir, lorsque la maison sera endormie, c’est à tâtons que j’irai enterrer son urne sous la balancelle.

De retour sur la berge, la main secourable de mon fils vient m’aider, je remercie Luan de m’avoir épaulée lors de cette épreuve plus que douloureuse.

Dans la pièce à vivre mes filles se sont installées par terre, à leurs pieds les photos de leur père, des lettres écrites de sa main qu’il envoyait lorsqu’il partait se ressourcer seul loin des siens.

Je m’installe dans son fauteuil, entrecroisement de bambou, siège de fortune que nous avions troqué à notre arrivée, dans la maison flotte l’odeur du thé parfumé et de l’encens mélangé.

Ils sont là tous les trois, grande fierté de ma vie, fruits d’un amour tumultueux qui pourtant n’a jamais cessé de me combler.

La nuit est tombée, j’embrasse mes filles qui vont se coucher et mon fils qui s’en va retrouver sa liberté, son chemin de croix, sa manière à lui de dire adieu à son père…

À l’aube demain, mes gendres viendront nous rejoindre avec mes petits enfants, derniers trésors de ma vie que je ne cesse de chérir, ils sont les fruits de l’amour entre deux cultures, deux civilisations, deux religions, leurs yeux bridés ravissent les miens.

La nuit est douce et moite, climat auquel je ne me suis jamais vraiment habituée, avec une pelle je retourne un petit monticule de terre sous la balancelle, je dépose un baiser une dernière fois sur cette petite boîte que je recouvre soigneusement de cette terre qui fût la nôtre.

C’est le cœur brisé que je me balance doucement les yeux plongés dans le lagon à l’affût d’une éventuelle révélation ou d’un improbable apaisement…