La vague,

Summer in novemberLe vide arrive toujours comme une immense vague…Rester lucide alors que déjà les pourtours dansent et que je divague.

Submergée par le néant, martelée par le questionnement…Donner du sens à ma vie, abandonner le silence qui m’envahit.

La descente n’est pas progressive, elle est fulgurante, une douleur vive qui devient lancinante, l’irrationnel dans toute sa splendeur, un duel sans vainqueur.

Il paraît qu’une fois rentrée chez moi, j’ai le choix d’avoir la paix, mais si le téléphone ne sonne pas, c’est jusqu’à ma propre voix que je peux oublier.

Lutter contre cette lassitude est une douce hérésie, perpétuée par l’habitude…Inutile d’avoir la frousse, attendre l’accalmie.

Quelques jours après, tout s’apaise, plus rien autour ne me rappelle le malaise…Retrouver la volonté, puiser l’énergie, oublier qu’elle a eu un prix.

Recommencer, avancer, persévérer, l’avenir redevient confortable, vos sourires ô combien immuables, vous les alliés, les familiers.

Ne jamais sous estimer ces petits riens qui donnent du courage, ballotés par une mer déchainée c’est eux qui vous ramèneront au rivage.

 

La valse des non-dits,

180px-Pierre-Auguste_Renoir_146Onze ans que nous tissons ce lien, nous l’avons parfois maltraité, rangé, oublié, piétiné, nié et enterré…

Puis déterré, consolidé, rebrodé, cajolé, caressé, désiré, aimé à force de compréhension…

Cependant, jamais nous n’avons pu nous résigner à le couper, étrangeté d’une union non étiquetée…

Nous étions deux grands masochistes et de nos sentiments nous choisissions d’être autistes…

Toi le torturé, le Roi de la barricade, moi l’angoissée, la Reine de la dérobade…

Des non-dits nous faisions notre protection, comme les amants maudits se nourrissant d’illusions…

Ce combat intérieur nous l’avons mené ensemble, en première ligne ou en repli, selon notre détermination…

Avec pour seul barda cette peur qui nous rassemble, une prière, un signe, un répit, tout sauf l’abdication…

Puis la lutte s’est arrêtée, au moment même où nous étions le plus acharnés…

Les armes nous avons enfin déposées, cheminement des émotions que l’on ne peut plus garder…

On vient de signer la trêve, l’apaisement pour ne pas devenir fou, ce n’est plus un rêve, on a enfin fait sauter le verrou…

Alors oui, nous n’avons pas de photos de nous, pas notre chanson, pas d’échange de mots doux, ni même un surnom…

Mais nous avons eu le courage de nous avouer nos sentiments, ni mirage, ni faux-semblants…

A toi Mathias, qui m’a offert une force insoupçonnée quand tu t’es déclaré…

Inutile que je cadenasse ce que je ressens pour toi depuis des années…

Un petit bout de moi,

By Philippe Prot 4Je ne l’ai vécu qu’au travers de mes amies, cet espoir déchu d’être une mère accomplie…

Tant de fois j’ai rêvé de voir mon ventre s’arrondir, mais avec le temps, illusoire me semble cet avenir…

Je l’aurais caressé avec douceur, métamorphosée par ce nouveau bonheur…

Le jeu des ressemblances aurait été une évidence, il aurait un peu de nous deux, je pense…

J’aurais pris soin de nous trois, ouatés dans le coton et la soie…

J’ai pensé à son prénom et à la couleur de ses vêtements, cette absence de cordon, c’est une douleur, un déchirement…

Je me suis posée des cascades de questions qui, il faut bien se l’avouer, sont restées au stade d’embryon…

Ca fait quoi de ressentir cette vie naissante? Cet état cela va sans dire, reste indéfini, en attente…

Mais je ne ferai pas un enfant égoïstement, il lui faut des parents…

Malgré mes incessants tourments, un petit écho… « Maman! »

Il n’y a aucune indécence à confier sa souffrance…

Je ne sais pas trop quel sera mon destin, mais accoucher de ces mots m’aura soulagée enfin…

Le combat,

By Philippe Prot 6Le célibat est une épreuve que je ne te souhaite pas…

Lorsqu’il est enduré depuis plusieurs années, du silence tu devras te faire un allié…

Au réveil une fois levé, ne te demande pas si de quelqu’un tu occupes les pensées…

Sinon, tu repartiras avec Morphée, n’est-ce pas d’ailleurs le seul à te bercer désormais?

Il te restera des souvenirs lointains, d’un corps qui venait se blottir près du tien…

Tu ne connais plus la tendresse, mais tu sais ce qu’est la détresse…

Tu t’efforceras de garder le sourire et le sens de l’humour en journée…

Mais crois-moi, les soupirs et le coeur lourd, la nuit tombée, je connais…

Qui a pris ta main pour la dernière fois?

Souris… demain est à toi…

Cette épreuve n’est pas insurmontable, une leçon de vie qui te donnera une force incroyable…

De la solitude tu apprendras beaucoup et tes limites tu dépasseras…

N’aie pas d’inquiétude, je te le confie sans tabou, c’est un insolite combat…

A ceux qui ne voient que l’illusoire liberté du célibat, avant de crier victoire, armez-vous comme il se doit…

Ultime!

DSC_0126

 Je pourrais vous dire que c’était beau lorsqu’il m’a murmuré ces trois mots, que mon cœur allait exploser, que j’avais le souffle coupé et qu’en larmes j’étais… mais ça ne serait qu’une infime partie de la réalité!

Ca a été Hiroshima dans ma tête!

Je suis subitement devenue, Jolie, Belle, Sublime, Atomique!

Inattaquable, Increvable!

C’est mon 14 Juillet, mon plus beau cadeau sous le sapin déposé!

Ce sont mes prières exaucées, mes valises de doutes que je peux enfin poser!

La fin de mon chemin de croix, j’ai envie de le crier sur les toits!

Il m’aime moi, telle que je suis, prenez mon pouls pour vérifier si je suis en vie!

Faites tomber les masques à oxygène, tatouez-moi mon prénom que je m’en souvienne!

A tous ceux qui ont oublié la puissance de ces trois mots, comprenez qu’après onze ans de silence, cela soit Nagasaki dans mon cerveau…

L’enfant du silence,

By Philippe ProtElle a l’Italie pour mère-patrie mais ses premiers pas furent pour l’Algérie…

Orpheline de naissance, elle est l’enfant du silence…

Serait-elle le fruit d’un amour interdit? Toujours est-il que les non-dits ont régi sa vie…

Sentiment de toute puissance pour une famille qui a choisi de la laisser dans l’ignorance…

Ils ont peut-être pensé bien faire, petite fille qui a quitté son pays pendant la guerre…

Qu’y a-t-il  de plus déstabilisant que d’apprendre à 52ans que l’on n’a pas le même sang que ses parents?
C’est un jour de grande colère que sa mère a brisé le secret…

Une fois la nouvelle divulguée, la vieille dame dans le silence s’est murée…

Il faudra faire sans ses confidences, elles sont mortes avec elle qui a préféré nier l’évidence…

Si la quête de ses origines est un combat illusoire, elle garde au fond d’elle cet infime espoir…

Tant de questions se bousculent dans sa tête et au Saint Graal me fait penser sa quête…

Parler aurait été la solution c’est certain, lui expliquer son adoption n’aurait rien changé au lien…

Je suis issue de cette famille du non-dit, celle qui d’un regard espère que vous avez compris…

Tu ne sauras peut-être jamais rien de ton passé et aucun mea-culpa de leur part ne sera prononcé…

Avec le temps, je te souhaite de pardonner, si je le pouvais je t’exaucerais afin de voir ton esprit apaisé…

Tu sais les doux sentiments que j’ai pour toi, aucun tabou à te dévoiler mon émoi…

Ces quelques rimes sont pour ma Mère, une sorte d’hymne salutaire.

80 printemps,

80 Printemps Olivier 1Je viens d’avoir 80 printemps, comment peut-on parler de printemps lorsque la fleur n’est plus, qu’il ne reste que les racines du temps incrustées dans mon visage.

Longues rides sinueuses qui creusent mes joues et mes lèvres, marques d’une vie tumultueuse que j’ai troquée volontiers contre une tranquillité certaine.

Il reste ce petit brin de malice dans mes yeux qui pourtant se battent contre ce léger voile qui ternit mes pupilles.

Mon corps s’est incliné, mes épaules se sont voûtées avec le poids des années, le soleil de mon épaule tatouée se fane d’avoir trop brillé.

Entre mes mains noueuses ravagées par une arthrose douloureuse, je presse contre moi cette petit boîte, reste d’un attachement viscéral…

J’ai perdu mon double, mon frère, mon complice, mon amant, cet Homme aux multiples facettes avec qui j’ai touché les deux extrémités.

Contre mon ventre, cette urne pleine de cendres, pleine de lui, pleine de l’histoire de ma vie.

J’attends Luan, patriarche de ce petit village Vietnamien où s’est jouée une partie de mon destin. Sur le lagon flotte notre barque qui me renvoie à ces souvenirs d’antan lorsque la vie n’avait pas encore connu ce tragique tournant.

J’avais fait une promesse à mon Autre un soir de novembre, celle d’éparpiller ses cendres sur un lagon bleu azur lorsque l’heure serait venue, mais nous étions si jeunes, ni lui ni moi n’avions mesuré le poids de cette phrase à l’époque.

Je redoute cet instant où les rames nous ferons quitter la berge et dans un dernier élan de courage il me faudra semer aux quatre vents la poussière de ma vie, de cet Homme qui fut mon Nord, mon Sud mon Ouest et mon Est.

Vietnam terre hostile d’Asie, terre asile de ma vie…

Près de la maison sur la balancelle, mes deux filles et mon fils, ils ont le regard de leur père, sa force, son courage et sa détermination. À l’heure qu’il est je sais déjà que mon aîné va terminer son barda, il partira pour se retrouver seul face à sa peine et à son destin, Dieu qu’il lui ressemble…

Je respecte sa volonté puisque tous les trois je les ai élevés en sachant qu’ils devraient suivre leur destinée.

Luan vient d’arriver, il a pris place dans l’embarcation de fortune et attend paisiblement que je sois prête. Mes jambes ne me portent plus comme avant mais je mets un point d’honneur à me débrouiller seule.

Je le remercie d’un sourire, m’installe dos à lui et observe tranquillement les vaguelettes qui m’éloignent de la rive.

Le lagon est calme, la végétation luxuriante, le chant des oiseaux presque rassurant.

La barque s’immobilise, mes yeux s’embuent une fois de plus, mon vieux cœur bat la chamade, mes doigts atrophiés accomplissent cette mission que depuis longtemps je redoutais.

Entre mes lèvres, silencieusement je dis adieu à mon bien-aimé, mon seul amour.

Par dessus la coque de bois je laisse s’envoler ses cendres et je sais que maintenant il repose en paix à tout jamais.

Ce soir, lorsque la maison sera endormie, c’est à tâtons que j’irai enterrer son urne sous la balancelle.

De retour sur la berge, la main secourable de mon fils vient m’aider, je remercie Luan de m’avoir épaulée lors de cette épreuve plus que douloureuse.

Dans la pièce à vivre mes filles se sont installées par terre, à leurs pieds les photos de leur père, des lettres écrites de sa main qu’il envoyait lorsqu’il partait se ressourcer seul loin des siens.

Je m’installe dans son fauteuil, entrecroisement de bambou, siège de fortune que nous avions troqué à notre arrivée, dans la maison flotte l’odeur du thé parfumé et de l’encens mélangé.

Ils sont là tous les trois, grande fierté de ma vie, fruits d’un amour tumultueux qui pourtant n’a jamais cessé de me combler.

La nuit est tombée, j’embrasse mes filles qui vont se coucher et mon fils qui s’en va retrouver sa liberté, son chemin de croix, sa manière à lui de dire adieu à son père…

À l’aube demain, mes gendres viendront nous rejoindre avec mes petits enfants, derniers trésors de ma vie que je ne cesse de chérir, ils sont les fruits de l’amour entre deux cultures, deux civilisations, deux religions, leurs yeux bridés ravissent les miens.

La nuit est douce et moite, climat auquel je ne me suis jamais vraiment habituée, avec une pelle je retourne un petit monticule de terre sous la balancelle, je dépose un baiser une dernière fois sur cette petite boîte que je recouvre soigneusement de cette terre qui fût la nôtre.

C’est le cœur brisé que je me balance doucement les yeux plongés dans le lagon à l’affût d’une éventuelle révélation ou d’un improbable apaisement…

Le mirage,

MirageSur la première page, tu viens de découvrir mon profil, quelques images de mon visage ainsi que des détails plus ou moins futiles…

Mais si tu continues à tourner les pages, je pourrais avoir les yeux bleus, certainement un autre âge et des centres d’intérêts plus nombreux…

Ne cesse pas l’effeuillage, en page trois, ce n’est déjà plus mon sourire sage, mais le corsage d’une blonde qui te laissera sans voix…

En page vingt-deux, je ne suis déjà plus qu’un vague souvenir un peu cotonneux, j’aurais dû te laisser un message afin de t’ancrer un peu…

La page trente-trois, c’est presque moi, sauf que son prénom est Barbara…

Pris au piège de ce délicieux mirage, les clics s’enchaînent silencieux, le site chronophage cherche paraît-il à faire des heureux…

A la page soixante, je n’ai plus aucune attente, Salomé n’écrit pas en « francé » mais on lui pardonne, elle fait un bonnet D.

La page soixante-neuf m’aura été fatale, parce que là c’est vraiment de la « meuf » !! Et en plus elle aime les rimes en « al ».

La tête pleine d’images et de mensurations, il est temps d’arrêter l’abattage, déconnexion…

Le corset,

Le corsetC’est sur son corps sage qu’elle le fait glisser, le corset au parfait laçage, symbole de féminité…

Elle rentre dans son personnage, un costume très étudié, elle observe son image et pense à cette mise en scène maintes fois répétée…

Sur ses escarpins, perchée à 13cm de la réalité, elle souligne ses lèvres d’un rouge Cartier et réajuste ses bas de soie, seuls atours qu’elle finira par garder…

Le mirage peut commencer, des yeux il se laissera dévorer, feignant une douce naïveté, alors qu’il ne lui offrira que le minimum autorisé…

Les rubans et la soie, délicat tissage de son corps habillé ne laisseront qu’après son passage ce vide qu’elle a encore du mal à apprivoiser…

Ce n’est ni doux, ni sucré, c’est comme un fruit amer, un lien inexpliqué…

Une fois la porte refermée, elle restera dans les draps froissés, elle se sera sentie vivante au moins une heure dans la journée…

Pourrait-elle avouer sans être jugée que l’homme à une autre est lié?

A n’en pas douter, de tous les noms elle serait affublée, la comparant à celles dont les services sont tarifés et peut-être que dans un autre temps au pilori elle aurait été attachée…

Texte rédigé à tous les bien-pensants qui n’auront pas vu que la détresse peut se cacher même derrière un rouge à lèvres Cartier…

Mon sac à main,

Mon sac à main 1J’ai dans mon sac quelques échantillons de parfums, larmes de senteurs  que je fais glisser aux creux de mes mains…

Un rouge à lèvres que j’hésite souvent à mettre, tant je déteste qu’il s’accroche à ma cigarette…

Des tickets de métro, lorsque loin de chez moi je pense qu’il vaut mieux faire le point place du Trocadéro…

Des cigarettes de marque américaine, que j’allume pour le shoot qu’elles me procurent à la tête…

Mon téléphone, annonciateur de nouvelles, bonnes ou mauvaises…

Mes clefs, pour rentrer dans mon cocon, mon intimité et dont les doubles n’ont jamais été donnés…

Un agenda, pour me faire croire qu’au milieu de mes rendez-vous je n’ai pas une minute à moi…

Dans mon portefeuille, des mots doux des êtres qui me sont chers, que je redécouvre parfois comme si c’était la première…

J’ai dans mon sac tout un tas de fourbi, qui finalement ne fait qu’alourdir celui-ci…

Mais ce que j’aimerai par dessus tout, c’est de pouvoir te faire le reproche d’y avoir vidé tes poches.